Vote utilisateur: 0 / 5

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives
 

Relâchement et renforcement musculaire dans le Taiji quan

Les arts martiaux diffèrent entre eux par de nombreux principes de corps, de déplacement, de conception du combat ou de pédagogie. Cependant, il y a à ma connaissance toujours une notion de «programme» d’entraînement et d’évolution dans la pratique. La méthode inclut une direction à donner à la pratique pour construire la progression. Il revient en général au maître, instructeur, coach, de gérer cet aspect pour amener le pratiquant sur une voie, un chemin d’évolution.

Le taiji quan a évolué très (trop ?) rapidement depuis la pratique de Yang Luchan ou même plus récemment, de Chen Fake jusqu’à aujourd’hui. La pratique de ces derniers est plus ou moins connue par des témoignages. On sait que les enchaînements se sont modifiés, les méthodes d’entraînement aussi. Qu’en est-il du programme ? Reste-t-il cohérent ? Beaucoup de choses ont été dites et il y a des débats, des mises en doute de l’aspect martial du Taiji quan, on parle de la perte de tel ou tel aspect de l’entraînement, du programme, qui le rendrait inopérant aujourd’hui en tant qu’art martial (cf. les chroniques désabusées de José Carmona ou des fils de discussion de forum comme Kwoon Info).

L’aspect qui est le plus souvent mis en avant dans les écoles actuelles de Taiji quan est le relâchement. Beaucoup d’écoles ont évacué de la pratique tout renforcement musculaire comme étant de nature à raidir le corps et étant contre productif. Pourtant il y a de nombreux exemples de danseurs ou d’artistes de cirque qui semblent souples et relâchés, parfois plus que de nombreux adeptes de Taiji quan, et qui de plus ont une puissance musculaire réelle, voire pas toujours apparente car souvent masquée par la fluidité et la recherche esthétique.

«Sans force, pas d’art martial» (Wang Weishen, La boxe ésotérique de l'école Songxi de Wudang, Youfeng, 1991, p39). C’est souvent incontournable même si, en Taiji quan, on évite la force d’opposition et on cherche à contourner, transformer la force adverse. Cependant, la force doit être structurée, «Sans structure, pas d’art martial» (ça c’est de moi). Cette structure est liée à la notion de connexion/déconnexion des segments du corps citée parfois en Taiji quan. Il y a un besoin de puissance dans la connexion (force, explosivité), et de «puissance» dans la déconnexion (souplesse, relâchement).

Comment avoir le relâchement, la souplesse et la puissance musculaire ? Avec quel entraînement ? Quel programme ?

En Taiji on se méfie du développement statique de la force du genre soulever de la fonte. On cherche une force élastique qui est construite en dynamique, c’est à dire combinée à une recherche de souplesse et de relâchement. Une sorte de trois en un.

Dans son livre «La transmission du Taiji quan, José Carmona, toujours lui, parle de l’entraînement dans le Taiji de Quan You de la fin du XIXe siècle jusqu’aux temps modernes. Il détaille les principes de l’entraînement traditionnel et fait remarquer l’importance des exercices de renforcement musculaire. Il se trouve que José est un ex-disciple de Wang Bo et qu'une bonne partie de ses informations viennent de ce dernier et de ses condisciples de la Quan You laojia.

Je me souviens qu’au début de ma pratique avec Wang Bo (1994), nous faisions de nombreux exercices de nature à développer une structure corporelle axées sur le relâchement et la souplesse, certes, mais aussi sur un renforcement musculaire. Mes notes témoignent de l’aspect intensif ces exercices de base. Le public du Taiji quan n’accueillait pas toujours très bien ces exercices, du moins en France car en Espagne les gens en semblent friands comme je peux le vérifier à chaque stage à Pampelune.

J’ai gardé certains de ces exercices auxquels j’ai adjoins ceux de Wang Yang qui propose également des exercices très intenses conduisant au développement de cette «force élastique».