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Je me suis intéressé au traité d'Antonio Lovino de 1580, "Prattica e theorica del bene adoperare tutte le sorti di arme", et notamment aux pages traitant de la lance.

Voici une entrée Wikipédia sur Antonio Lovino. La page contient un lien vers la traduction en français réalisée par Lionel Lauvernay (voici ce lien). C'est sur ce document que je suis en train de travailler. Le traité original se trouve à la Bibliothèque Nationale de France qui ne propose pas de numérisation à télécharger. On peut cependant trouver une numérisation noir et blanc ici. Celle-ci ne contient qu'une petite partie du texte. J'ai utilisé les images de ce document bien qu'elles soient de piètre qualité. Pour le plaisir des yeux, voici une planche en couleur du manuscrit original. Ça a quand même plus de gueule que le noir.

Le manuel traite de "toute sorte d'armes" : épée seule, épée dague, cape, targe, ou bouclier, épée longue, lance, combat équestre. Il traite cependant principalement de l'épée seule (31 pièces).

Il y a six pièces traitant de la lance, chacune mettant en scène deux personnages se battant en duel pour une question d'honneur. Il s'agit d'un combat lance contre lance et non de la lance contre une autre arme.

Au vu de la proportion des armes et des personnages, la lance semble avoir dans les deux mètres pour un personnage de 1m60. C'est aussi la conclusion de Lionel Lauvernay.

 

Tenue de la lance et posture générale

La lance se tient à droite, jambe gauche devant, la main droite en pronation plutôt vers le talon qui chez Lovino est ferré, et la main gauche devant en supination. Les postures de jambes semblent assez serrées (posture qui est expliquée pour les pièces à l'épée seule), la jambe avant est fléchie et semble avoir moins de poids que la jambe arrière.

 

Première pièce (n° 59 dans le manuel) Entello l'offensé contre Elymo l'offenseur

Le vocabulaire utilisé par Lovino, pour les techniques à la lance, reprend celui de l'épée.

Les deux personnages se placent en "garde du dedans".

A l'épée, pour un tireur droitier, si l'on assume que le pied droit est devant, le dehors est l'espace à la droite du tireur (vu de dos). La limite est le plan vertical passant par le bras d'épée et l'arme en garde basse ou moyenne, et par la jambe droite. L'autre espace à la gauche du tireur (côté vie) est le dedans. Lovino reprend ces termes pour les techniques à la lance. A la lance la logique décrite ci-dessus est inversée dans la mesure où le pied gauche est devant. Lovino considère que la tenue de la lance à droite du corps est une garde du dedans. Elle correspond en effet à une garde du dedans à l'épée pour un gaucher. Les espaces dedans est dehors sont donc ceux d'un gaucher à l'épée, donc, dedans à droite et dehors à gauche pour le joueur à la lance vu de dos. C'est en tout cas mon interprétation actuelle.

A l'épée il existe une garde du dedans et une garde de dehors. A la lance seule la garde du dedans est citée par Lovino, et elle semble correspondre à la garde de base décrite plus haut, pied gauche devant, lance tenue à deux mains, près du corps.

Les lances sont montrées sur l'image en contact ou non (rien n'est dit à ce sujet) à la gauche de la hampe de la lance adverse. A l'épée Lovino considère que ce type de (croisement (par la gauche) c'est placer l'épée dedans (et dehors si on la place à droite). Le question se pose ici de savoir si on doit inverser aussi ces deux notions à la lance.

On voit sur la gravure que les personnages sont finalement assez proches et qu'il ne faut pas grand chose pour que chacun touche l'autre avec son arme.

Entello projette la lance en la poussant du bras droit et en la dirigeant de la main gauche. Il pousse la pointe par le dedans à Elymo.

Lovino ne parle pas de déplacements de pieds. On peut supposer que les personnages restent plus ou moins sur place. La technique d'attaque décrite suggère un glissé de la hampe dans la main gauche.

Elymo en conservant sa position initiale, porte en dehors la pointe et ceci fait il répond à Entello d'un coup de pointe similaire.

Les sens de "dedans" et "dehors" ne sont pas très clairs ici. Quel que soit le choix que l'on peut faire, il y a des contradictions dans le texte. C'est à se demander si Lovino ne s'est pas un peu "pélanger les médales" entre ces notions à l'épée et à la lance.

Si on considère que les armes se croisent à gauche de l'arme adverse (c'est ce que suggère la gravure de Lionel Lauvernay qui a vu l'original), et que Entello pousse sa pointe depuis cette position alors Elymo pare en déviant la lance adverse vers sa droite, son dedans (qui correspond au dehors d'Entello).

Elymo pare en poussant la pointe "en dehors", c'est à dire, selon toute logique, pousse la lance adverse vers la droite pour la sortir de la ligne et revient dans la ligne et réplique avec la même attaque qui est déviée de la même manière par Entello.

On a là un drill "attaque par le dedans, pousser au dehors"

Le texte continue avec la même attaque mais au dehors :

Entello donne un autre coup de pointe à l'ennemi par le dehors. Celui-ci réalise vite un battement et donne à Entello un autre coup de point semblable de dehors.

Le texte suggère qu'Entello croise la lance par l'autre côté (en passant par dessous avec un changement de côté ?).  L'attaque est similaire à la précédente et Elymo la pousse "en dedans" c'est à dire à gauche (ce détail n'est pas précisé) par un battement avant de répliquer par la même attaque.

Le terme "battement" suggère une rapidité d'action, une frappe même, et surtout de na pas trop s'engager dans la parade au risque que l'adversaire ne désengage sa lance par dessous et n'attaque dans le temps.

Entello bouge d'un pas en direction de la pointe de la lance de l'adversaire et la porte dehors rapidement ; il retourne à sa position première.

Le pas en question semble être un déplacement de la jambe gauche vers l'avant (passage de la position rassemblée à la position épandue). Encore une ambiguïté sur le terme "dehors".

Voyant que les coups de lance dans la dedans et le dehors de l'ennemi n'ont aucun effet, il commence à feindre de tirer les mêmes coups afin de mettre Elymo hors du temps. Dans cette pensée il va changeant sa pointe soit du dehors, soit du dedans.

On retrouve ici le travail à l'épée de changement. Feindre d'estoquer par le dedans pour que l'adversaire fasse la parade dans le vide puisque c'est une feinte. Sa pointe quitte la ligne et le laisse à découvert pour un estoc du dehors. Et bien sûr vice-verça.

Elymo contre les feintes d'Entello, se place justement, sans se laisser prendre, ni porter hors du temps, mais en restant bien lucide.

Plus l'arme est longue, plus les erreurs sont amplifiées.

La pièce se termine sur la réconciliation des adversaires.

Cette pièce montre la base des attaques d'estoc et des parades. Elle paraît simpliste mais pourtant elle contient déjà toute la spécificité du travail à la lance, du placement, des feintes et de la conséquence des erreurs.