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Pièce n°64 - Phormion offensé, Stratonicus offenseur



L'honneur est chose impérieuse pour les esprits honorables et c'est pourquoi Phormion entre en lice avec Stratonicus, pour défendre son honneur. Ces deux chevaliers vont ensemble avec une arme d'hast pour prouver au monde leur valeur.

Phormion entre dans le camp. Comme il est l'offensé, il lui incombe de prendre l'initiative, et alors il va contre Stratonicus d'un grand pas en avant, soit d'une jambe, soit de l'autre. Stratonicus fait de même. Dès qu'ils sont prêts, ils en viennent aux mains. Ils commencent à se tourmenter l'un l'autre avec astuce et tromperie par des coups de pointe de la lance qu’ils donnent soit au visage, soit aux jambes, soit à la poitrine, et aussi des brisés à la tête, et d'autres belles bottes. Procédant tous deux de bonne raison, tel qu'il a été d'autres fois rappelé, l'un et l'autre se défendent honorablement.

Les duellistes ont l'air de se chauffer avec des simulacres d'attaques. Puis, ils joutent avec des coups de pointe sur diverses cibles et des feintes. Lovino parle ici de "brisé à la tête". C'est la première fois que ce terme est employé pour la lance. A priori, par analogie avec l'épée, la technique consiste à frapper la tête de l'adversaire avec un mouvement du haut vers le bas (comme pour fendre).

Phormion qui se démène pour terrasser l'adversaire, sait bien que l’autre se défend bravement dans un jeu large de lance. Il change de résolution et décide de trouver la lance de Stratonicus et dans cette pensée va de loin et le fait. Cela lui réussit, car avec le talon de la lance, il trouve la lance de l'ennemi par le dedans. L‘ayant trouvée, petit à petit, il va en avant, toujours écrasant du talon de sa lance avec raison la lance de Stratonicus.

Là c'est confus. Phormion "décide de trouver la lance de Stratonicus" et "va de loin". Ces notions sont développées à l'épée dans les pièces correspondantes. Lovino explique à la fin du traité l'intérêt de trouver l'épée ou ici la lance adverse (cf bas de page). "Cela lui réussit, car avec le talon de la lance, il trouve la lance de l'ennemi par le dedans", Phormion commence par chercher le contact avec la pointe, de loin, puis à un moment ou un autre doit tourner sa lance pour attaquer du talon. Rien n'est précisé ici. Lovino ne dit rien non plus sur un éventuel pas en avant de Phormion pour se rapprocher d son adversaire et trouver sa lance.

Hypothèse : Phormion attaque du talon du haut vers le bas pour obliger son adversaire à parer à demi-lance au dessus de sa tête. Phormion a trouvé et garde le contact en écrasant et en mettant la pression. Cela suppose qu'il trouve le moyen de se rapprocher, soit en avançant le pied droit, soit avec un pas chassé.

Stratonicus alors contre l’écrasement de Phormion se fait soit fort, soit agile dans l'intention de porter la lance contraire hors du temps, afin de le trouver découvert et le frapper de manière sûre.

Un moyen pour Stratonicus de se sortir de cette situation est de pivoter sur un côté, a priori plutôt celui de la jambe arrière, pour déséquilibrer son adversaire et attaquer de la pointe ou du talon dans le même temps.

Phormion qui est docte sur la science des armes, sait ce que Stratonicus peut faire et dans quelle intention et il s’oppose toujours avec mesure, selon l'occasion, soit avec force, soit avec agilité ; il oppresse l’adversaire avec le talon de la lance. A la fin, déterminé à vouloir sortir de l’embarras, il va du talon de sa lance en ayant préalablement placé la jambe droite en avant, battre la lance de Stratonicus, puis retourne vite en arrière avec le talon de la lance.

Phormion est conscient de cette technique et mesure sa pression. "il va du talon de sa lance en ayant préalablement placé la jambe droite en avant, battre la lance de Stratonicus, puis retourne vite en arrière avec le talon de la lance". Phormion, dont la lance est toujours en contact avec celle de son adversaire, met (avance ?) la jambe droite devant (ce qui sous-entend qu'il ne l'avait pas déjà fait dans la manoeuvre précédente) et va battre sa lance. Cela suppose qu'il quitte le contact pour battre ou qu'il donne un à-coup, "puis retourne vite en arrière avec le talon de la lance". Il revient en arrière avec un pas ? Que veut dire : "avec le talon de sa lance" ? Qu'il le garde en avant ou que c'est le talon qui revient en arrière ?

Hypothèse : Phormion écrase la lance de son adversaire avec la sienne (en utilisant la partie du talon), il avance le pied droit pour donner un à-coup ou battre et ramène son pied droit en restant en garde talon devant.

Stratonicus alors revient en arrière avec sa lance, vers le talon de la lance de Phormion, mais il se trouve hors du temps. Phormion le constatant, met la jambe droite en avant, tourne la pointe de la lance et en donne un grand coup dans la poitrine de Stratonicus (gravure).

"Stratonicus alors revient en arrière avec sa lance" Ce passage est obscur.

Hypothèse 1 : Stratonicus recule d'un pas (puisque sur la gravure il est montré jambe droite devant), "vers le talon de la lance de Phormion" ; s'il recule il ne va pas vers le talon de la lance de son adversaire, il y a quelque chose qui cloche.

Hypothèse 2 : Stratonicus ramène juste sa lance vers lui, donc vers l'arrière, mais se porte en avant (avec un pas ?), vers le talon de la lance de son adversaire, dans le but de le coller mais trop tard (hors du temps). Phormion en profite pour retourner sa lance pointe en avant, la passe sous la lance de Stratonicus et le frappe à la poitrine en avançant le pied droit (il l'aurait donc bien reculé à l'étape précédente).

Cependant, il y a un désaccord entre le texte et la gravure qui montre Phormion avec la jambe gauche en avant. La manoeuvre de Phormion ne paraît pas très naturelle s'il passe jambe droite devant comme le suggère le texte, surtout si on admet que son adversaire avance.

Stratonicus va bien pour parer la pointe, mais n'est pas dans le temps, car Phormion a été rapide pour lancer son coup de lance et Stratonicus a perdu du temps en allant parer. Si dans le temps où Phormion allait pour le frapper, il avait vite esquivé de l'épaule droite en arrière, en portant la jambe gauche en avant et en s'aidant de sa lance, il n'aurait pas manqué de vitesse et se serait, sans nul doute, défendu de la botte ennemie.

Stratonicus est jambe droite en avant et le coup arrive sur son côté droit, il est donc géné pour parer. Lovino conseille d'esquiver de l'épaule droite et de changer les pas tout en parant.

Explication de Lovino sur l'utilité de trouver dans la partie : raisonnement sur la science des armes

LOVINO : Je suis bien certain que votre seigneurie n'a jamais lu dans aucun livre, ni entendu en aucun lieu, mon secret, sur ma manière de trouver l'épée. Je tiens, seigneur, pour assurer, qu’un homme ne peut jouer excellemment de l'épée et des autres sortes d'armes, sans savoir comment avec raison trouver l'épée ennemie. Je pourrais dire que l'on ne sait rien si on ne sait bien la trouver. Car en effet, trouver l'épée est le nerf et le fondement de toute la science des armes. En trouvant l'épée ennemie, on prévient toute attaque qui peut venir. Ayant prévenu, l'homme reste maître de la situation et peut faire ce qu’il veut contre son adversaire, sans aucun risque. Ayant trouvé l'épée, il fait de bons combats de demi-épée, avec de beaux secouements, comme il a été dit ailleurs. Ces inestimables secrets, votre seigneurie a pu les Voir à l'œuvre, et spécialement ceux interdisant à l'ennemi de pouvoir couteler d'aucune manière, étant sûr dans le temps où il s'écarte pour couteler, de le serrer et de l'oppresser avec la trouvade de l'épée et de la vie.

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Pièce 62 - Gaïus offensé, Crassus offenseur



L’honneur est chose temporelle et terrestre qui peut se comparer. Ainsi, Gaïus est amené à s'y essayer avec Crassus en lice, où ils se battent à l’arme d’hast.

Les deux chevaliers étant réunis au camp, Gaïus qui est l'offensé, se place en garde du dedans contre Crassus, lequel se place dans la même garde que celle de Gaïus.

Début classique.

Gaïus, alors, donne vite un coup de lance au pied droit de Crassus Ce dernier avec rapidité retire le pied et porte avec la lance la pointe dehors ; ainsi il pare bien en bas.

Estoc au pied, parade dehors avec retrait du pied. Rien de nouveau ici.

Gaïus derechef feint de lui tirer le même coup de pointe en bas, pensant trouver dans ce temps l'ennemi découvert en haut; le voyant aller à la parade en bas, il lui tire un coup de pointe au visage. Crassus avec juste mesure et seulement en élevant la lance pare avec justesse et valeureusement le coup de pointe.

Gaïus feint d'attaquer la jambe et attaque en fait au visage. Crassus "seulement en élevant la lance pare avec justesse". Dedans ou dehors peu importe, cela n'est pas précisé. Lovino semble insister sur l'économie et la justesse du mouvement. On retrouve ce soucis dans le paragraphe suivant.

Gaïus derechef feint de lui tirer le même coup de pointe en haut, pensant trouver l'ennemi découvert en bas ; le voyant aller à la parade en haut, il lui tire un coup de pointe aux jambes. Crassus avec juste mesure et seulement en abaissant la lance pare avec promptitude et valeureusement le coup de pointe.

Cette fois la feinte est en haut et la vrai attaque en bas. "Crassus avec juste mesure et seulement en abaissant la lance pare avec promptitude et valeureusement le coup de pointe." Lovino insiste. Veut-il suggérer qu'à la lance, peut-être plus qu'à l'épée, des mouvements trop amples, s'écartant trop du centre peuvent être dangereux, soit parce qu'on perd du temps, soit tout simplement parce qu'on est découvert.

Gaïus alors change de main sur la lance et va à demi-lance dedans, pour trouver la lance de Crassus. Celui-là va de la même manière contre la trouvade de demi-lance de Gaïus. Il sait bien tout ce que Gaïus peut faire. De cette manière, tous deux ayant trouvé, ils commencent à s'opposer avec savoir et valeur pour gagner le
temps de frapper l'adversaire .

Du coup Gaïus change la prise pour la demi-lance et cherche le contact des armes. Gaïus prend donc la lance plus au milieu, comme un bâton, les deux mains étant en pronation. Crassus fait de même.

Gaïus écrase la lance ennemie, pour faire en sorte que Crassus écrase aussi, projetant de s’amollir, pour alors porter Crassus hors du temps et ainsi pouvoir le blesser.

Gaïus presse sur la lance de son adversaire qui résiste. Le but et de contraindre l'autre à mettre trop de pression et de relâcher brusquement (s'amollir) pour que l'autre soit déséquilibré et soit vulnérable (à un coup du talon par exemple, entre autres possibilités). Le jeu consiste pour les deux à presser et résister à la fois, juste ce qu'il faut pour le pas être déséquilibré ni en arrière (céder à la pression), ni en avant (suite à l'amollissement de l'adversaire), tout en se méfiant des deux bouts de la lance qui peuvent frapper.

Crassus sentant qu’il est écrasé, écrase lui-même. Il écrase avec justesse pour ne pas être porté hors du temps. Lorsque Gaïus se fait agile, il ne veut pas aller derrière sa lance avec agilité, mais reste en place bien couvert. C'est pour cela que le seigneur du camp pour ces deux valeureux décide de trouver une solution à
leur différend.

A ce jeu les deux adversaires sont de même force. Lovino en a fini avec cette pièce.

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Pièce 60 - Drusus offensé, Sylvius offenseur

La deuxième pièce de lance du traité (pièce 60 dans le manuel) introduit des estocs aux jambes.

Drusus et Sylvius pour résoudre une affaire d'honneur décident d'aller en lice avec une armes d'hast pour chacun. Drusus, l'offensé, se présente vite et lance avec rapidité un coup de pointe trompeusement à la poitrine. Sylvius pare dehors avec justesse et la lance bien en main en esquivant un peu de la vie. Ayant paré, il donne un coup de lance à la jambe de Drusus.

Drusus lance un coup de pointe à la poitrine de Sylvius. Pas de notion de dehors et dedans ici mais Sylvius pare dehors. D'après la pièce précédente il semble que Sylvius pare vers sa droite la lance de son adversaire. "Il esquive un peu de la vie", le plus logique semble de comprendre que Sylvius recule un peu le buste pour fiur la pointe.

Drusus contre le coup de pointe qui lui est tiré par Sylvius à la jambe abaisse vite la pointe de la lance dans le dedans et porte dehors la pointe de l'ennemi, tout en se retirant d’un pas, comme on le voit sur le dessin.

La lance de Drusus a été déviée (parée) vers sa gauche. Il faut qu'il revienne parer la pointe que Sylvius lance vers sa jambe. Il "abaisse vite la pointe de la lance dans le dedans", il fait un mouvement de la gauche vers la droite, vers son dedans pour aller à la rencontre de la lance de Sylvius et la pousser hors de la ligne vers sa droite, qui est de dehors de Sylvius. Le dessin confirme cette interprétation. De plus, Drusus esquive en ramenant son pied gauche vers l'arrière.

Sylvius pare avec vitesse la pointe en bas. Il élève la pointe de la lance et tire un coup de lance vers le visage de Drusus. 

surprised Mais c'est Drusus qui vient de parer. Alors : soit il manque quelque chose, soit il faut comprendre "parer" autrement.

Hypothèse n°1 : il manque quelque chose. Par exemple, Drusus après avoir paré, enchaine avec une attaque à la jambe de Sylvius. Dans ce cas Sylvius doit parer cette pointe en bas (vers sa droite) et enchaine avec un coup de lance (estoc) vers le visage de Drusus.

Hypothèse n°2 : quand Sylvius voit que Drusus est à temps pour parer il transforme son estoc en contre-parade de la lance de Drusus pour garder le centre, et enchaine avec un estoc au visage de Drusus avant que celui-ci ne puisse lui-même attaquer.

Hypothèse n°3 : Sylvius se laisse porter par la parade de Drusus qui lui permet d'enchainer plus vite l'attaque au visage. La parade serait dans ce cas un "amollissement".

Drusus alors lève sa lance et esquive un peu en tournant l’épaule gauche en arrière et porte la pointe en dehors du visage. Ayant paré la pointe, il feint de tirer un coup de pointe au visage de Sylvius. Ayant élevé la lance pour se défendre en haut, il reste pendant ce temps avec la vie découverte en bas.

"Drusus [...] esquive un peu en tournant l’épaule gauche en arrière ". L'esquive et la parade semblent être simultanées. Ce la sous-entend que Drusus est engagé vers sa droite et doit revenir. Cela invalide les hypothèses 1, car la lance de Drusus est repoussée à sa gauche, et 2, car la lance de Drusus reste à sa gauche. Dans ces deux cas il n'est pas cohérent que Drusus esquive de l'épaule (a priori en tournant l'épaule vers la gauche).

"et porte la pointe en dehors du visage" : le mot "dehors" a-il ici un sens informel (ie hors du visage) ou fait-il référence aux notions "dehors/dedans" définies par Lovino ? Dans le second cas, le sens de "dehors" serait plutôt contraire à ce qui précède.

Ayant fait sa feinte, il retourne en bas et lance le même coup de pointe vers la jambe de l'ennemi.

Quoi qu'il en soit, Drusus pare et lance un estoc vers la jambe de Sylvius.

Sylvius qui est allé initialement contre la feinte au visage avec bonne raison, se trouve quand même à temps pour parer la pointe en bas, de la même manière qu’il l’a fait précédemment. Ainsi, se termine leur combat étant tous deux, de preux guerriers qui ont vidé leur querelle.

On rejoue la même parade en bas. Il n'y a rien de plus ici.

 

 

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Le maniement de la lance à pied apparaît dans plusieurs manuels du XVIe siècle : Lovino (1580), Fiore de Liberi, .... Il n'y a pas à ma connaissance de manuel entièrement consacré à la lance comme en Chine à la même époque. Il faut donc chercher dans les manuels qui sont principalement consacré à l'escrime à l'épée.